Mémoires d'Ici - Activités - Dans nos collections

Chère Mobilière...

Le document du mois - 15 Nov 2016

« Plan de Villeret pour l'assurance mobilière suisse, avril 1895 », 1:2500, 32 X 47 cm
(Source : Fonds La Mobilière, Saint-Imier)

La nuit du 21 au 22 septembre 1889, un violent incendie détruit un groupe de cinq maisons du Coin-Dessous, à Villeret. Une partie du mobilier de quelques familles seulement a pu être sauvé. Ceux auxquels rien ne reste sont justement les personnes non assurées.

La Société d'assurance suisse contre l'incendie du mobilier (La Mobilière) est pourtant active depuis 1826. Première assurance privée du pays, elle n'est guère populaire au XIXe siècle, tout comme l'Assurance des bâtiments contre l'incendie (AIB) mise en place dans le canton en 1806. Malgré le risque majeur que constitue l'incendie pour les villes et villages suisses en phase d'industrialisation, les sinistrés préfèrent compter sur la charité et la solidarité de la collectivité.

En 1861, l'incendie de Glaris détruit près de 600 bâtiments de la ville. Il provoque un véritable électrochoc dans toute la Suisse et, dans la foulée, la naissance de nouvelles assurances privées. Les Jurassiens assureront désormais un peu plus volontiers leurs biens, avec pour conséquence imprévue une recrudescence suspecte des incendies en 1868 !
De leur côté, les autorités bernoises légifèrent et rationnalisent. L'AIB devient ainsi obligatoire en 1881 ¬ malgré le refus des Jurassiens. En 1897, le canton renouvelle les prescriptions en matière de police du feu, codifiant de manière uniforme la lutte contre l'incendie sur tout le territoire et dans ses moindres détails.

A Saint-Imier, le bureau de La Mobilière fait relever les plans des villages de la région entre 1895 et 1897. Il s'agit de mettre en évidence les dispositifs d'intervention disponibles (fontaines, puits, réservoirs, hangars des pompes), les risques spécifiques (à Orvin, on précise qu'il n'y a plus de bardeaux sur les toits), les bâtiments à protéger, classés selon leur fonction et leur valeur (bâtiments artisanaux et industriels, édifices publics, fermes, constructions en projet, etc.). Témoignages de l'évolution de l'assurance-incendie et de la lutte contre les incendies, ces documents permettent également de saisir le processus d'industrialisation et les transformations urbanistiques qui marqueront durablement de nombreux villages.

Inventaire des plans remis par le bureau imérien de La Mobilière à Mémoires d'Ici

 

 

Une disette menace le bétail jurassien en 1893

Le document du mois - 30 Oct 2016
L'été 1893 s'avère particulièrement sec en Suisse, les récoltes sont insuffisantes et le fourrage s'annonce rare pour l'hiver à venir. Il faut urgemment parer au désastre. 

La Société d'agriculture du district de Courtelary (SADC) prend la tête d'une commission chargée d'acheter divers types de fourrages à l'étranger et de les revendre à des prix abordables aux agriculteurs du district. Le Conseil fédéral s'engage pour sa part à rembourser une partie des frais d'importation et à supprimer les taxes de douanes. Dès lors, en collaboration avec divers intermédiaires tels que l'usine du Torrent à Cormoret, la SADC procède à des importations massives en provenance de Marseille et Venise. Celles-ci s'étalent de l'automne 1893 au mois de mars 1894, date à laquelle les dispositions du Conseil fédéral prennent fin : le pire a été évité.

La Société d'agriculture du district de Courtelary a choisi de se dissoudre le 21 mai 2015, après 142 années passées au service de l'agriculture et des branches qui en dépendent. Les détails de cet épisode - parmi tant d'autres - sont à découvrir dans les archives de la société, désormais accessibles à Mémoires d'Ici. 

 

Descriptif et inventaire du fonds d'archives Société d'agriculture du district de Courtelary 

 



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Les bois gravés de Laurent Boillat

Le document du mois - 01 Sep 2016

Bois gravé ayant servi à réaliser le filigrane des pages de couverture de trois ouvrages édités par Pro Jura :  Autour de la Crémaillère, Bellelay et son fromage et La Neuveville et son vignoble.  

Mémoires d'Ici conserve quelque 140 matrices en bois de bout gravées et clichés typographiques de Laurent Boillat (1911-1985). Tirés du fonds Pro Jura, ceux-ci ont été versés en 2007 et 2015. Les collaborations entre l'artiste de Tramelan et l'association chargée de mettre en valeur le patrimoine de la région ont en effet été nombreuses et variées ; ses œuvres ont servi à l'illustration de multiples ouvrages et prospectus. 

Les différents paysages jurassiens sont ainsi abondamment représentés, des rives du Doubs aux pâturages boisés des Franches-Montagnes en passant par les ruelles de villages. L'humain y côtoie l'animal, le bâti la nature, le petit le très grand. Si de nombreuses représentations servent à des fins touristiques, le manuel scolaire Mon beau Jura permet d'aborder une autre facette du travail de Boillat. Pour illustrer les propos d'Eric Dellenbach, Jean Vuilleumier et Roland Stähli, on y retrouve aussi bien les animaux de nos contrées que des exemples d'industries implantées dans la région et leurs produits manufacturés. 

Il est une thématique qui ressort particulièrement de ce travail : la tradition gastronomique jurassienne. Un nombre important de matrices a en effet servi à l'illustration de trois ouvrages en particulier, tous traitant de produits du terroir jurassien ou de savoir-faire typiques de la région. Les processus de fabrication de produits locaux y sont dépeints, tout comme le matériel ad hoc ou encore les produits finis.

Autour de la crémaillère : notes et propos gastronomiques sur la bonne cuisine dans le Jura bernois.
Bellelay et son fromage : « la tête de moine ».
La Neuveville et son vignoble.

Chaque gravure de Boillat illustre un propos. Elle parle d'elle-même et est, par sa finesse et sa qualité d'exécution, une œuvre d'art à part entière. Avec une infinie précision et un souci du détail, Laurent Boillat réussit ainsi à donner vie à une région, aux gestes quotidiens de ses habitants, à ce « Beau Jura » qui est le sien.


Lionel Guenin

Fonds Pro Jura, inventaire des bois gravés de Laurent Boillat 

Le 9 août 1801, Orvin faillit disparaître dans un terrible incendie

Le document du mois - 17 Aoû 2016

Orvin fête ses 1150 ans cette année, l'occasion de rappeler le terrible incendie de 1801 qui détruisit presque totalement le village. Le Journal du pasteur Frêne et la correspondance des membres de la famille Morel nous plongent au coeur de l'événement. 

Le pasteur de Tavannes Théophile Rémy Frêne inscrit dans son journal : « Le 9 août dimanche, Madame de Mirabeau avec Madame Schaffter-Morel dîna chez nous. L'après-midi, la nouvelle se répandit d'un terrible incendie arrivé ce même jour à Orvin, commencé pendant que l'on étoit à l'église. Cet incendie, plus fatal que celui de 1754, consuma la majeure partie du village, sç[avoir] soixante et des maisons, la cure, les deux auberges. »

A Corgémont, le pasteur Charles-Ferdinand Morel est bouleversé : sa sœur et son mari le pasteur Watt d'Orvin ont perdu leurs biens dans la cure partie en fumée. Morel se rend en hâte à Orvin où il ne peut que constater le désastre. Sa fiancée Isabelle de Gélieu s'inquiète : « Oh mon Dieu quelle nuit et quel réveil pour tous ces malheureux incendiés ! ... J'ai admiré hier votre calme, mais dites-moi comment vous vous trouvez aujourd'hui ».

Son frère François Morel et sa jeune épouse, ainsi que leur amie la fantasque Madame de Mirabeau logent à ce moment-là chez lui, à Corgémont. Ils se rendent également à Orvin. Face au spectacle de désolation, Madame de Mirabeau se lamente et s'agite en tous sens, pressée de secourir les malheureux. 

Madame de Mirabeau au pasteur Frêne, le 10 août : « Il n'est que trop vrai que la famille Watt est ruinée et dans la cruelle nécessité d'être à la charge des autres. Moi-même qui ai tant souffert dans ma vie, je sens toutes mes plaies se rouvrir au récit du malheur d'autrui que je ne puis soulager. Je me sens faible depuis hier au soir comme un enfant. Le ministre seul [Charles-Ferdinand Morel], cet homme vraiment sublime et si méconnu de lui-même et des autres, nous soutient tous... J'ai besoin de voir Mme Watt, son infortuné mari qu'on n'a pu encore tirer d'Orvin, et toute cette famille désolée. »

A Orvin, tandis que Charles-Ferdinand Morel organise la prise en charge des sinistrés dans les villages voisins, son frère François s'effondre dans l'herbe aux côtés de son épouse sous le coup de l'émotion... 

Madame de Mirabeau à Isabelle de Gélieu, le 10 août : « Mme Morel [l'épouse de François] est anéantie par la commotion trop forte que lui a causé l'extrême sensibilité de son mari : votre très faible camarade, après avoir soutenu tout le monde au moment du besoin, a fini par retrouver ses propres malheurs dans ceux de la famille Watt, à sentir cruellement son impuissance pénible, sa nullité profonde pour le soulagement d'autrui... Le ministre seul est parfait pour tous : il mérite si bien de connaître le bonheur au moins en perspectives !"

Sources : Théophile Rémy Frêne, Journal de ma vie, vol. 4, p. 323 ; correspondance tirée du Fonds Doyen Morel (commune de Corgémont), à Mémoires d'Ici

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© Mémoires d'Ici, Fonds Doyen Morel (commune de Corgémont)

 

 

 

Le fonds Roland Stähli : une autobiographie

Le document du mois - 13 Jui 2016

Mémoires d'Ici, Fonds Roland Stähli, Photographie Simone Oppliger

Déposées à Mémoires d'Ici par sa famille, les archives de Roland Stähli sont désormais accessibles aux chercheurs et au public, au terme d'un long travail de tri et de classement. Ce sont finalement 65 boîtes d'archives, de photographies et d'enregistrements audiovisuels, mais aussi des dizaines de livres qui ont rejoint nos collections. Ces documents «incarnent» la mémoire d'un homme à part, enseignant, historien, écrivain, premier citoyen d'honneur de « sa » commune de Tramelan,  un politicien qui a marqué le passé récent du Jura bernois, dont il fut le représentant au Grand Conseil, puis au Conseil National.

Les archives rassemblées par Roland Stähli à partir de la fin des années 1930 permettent de suivre son parcours impressionnant durant une septantaine d'années, sur les traces de ses multiples activités, pédagogiques, politiques, culturelles et associatives. On y lira donc l'homme attendu, celui qui n'a que rarement déserté la scène médiatique : le politicien opiniâtre, l'historien passionné, le poète amoureux des arts et de la nature. Mais les engagements plus personnels affleurent également, tout comme le cours de longues et parfois tumultueuses amitiés, les valeurs intimes qui soutiennent ses choix.

Au fil d'un même discours, invariablement calligraphié au stylo à bille noir sur du papier ligné, maintes fois photocopié, corrigé et recorrigé, la pensée de l'homme se déploie et s'affine, avec minutie et rigueur. De la même manière, Roland Stähli a classé, déclassé, reclassé, multiplié ses archives, désorganisé et réorganisé méthodiquement son passé, en quête d'une ultime cohérence.

Fonds Roland Stähli (Staehli)