Mémoires d'Ici - Activités - Dans nos collections

Les bois gravés de Laurent Boillat

Le document du mois - 01 Sep 2016

Bois gravé ayant servi à réaliser le filigrane des pages de couverture de trois ouvrages édités par Pro Jura :  Autour de la Crémaillère, Bellelay et son fromage et La Neuveville et son vignoble.  

Mémoires d'Ici conserve quelque 140 matrices en bois de bout gravées et clichés typographiques de Laurent Boillat (1911-1985). Tirés du fonds Pro Jura, ceux-ci ont été versés en 2007 et 2015. Les collaborations entre l'artiste de Tramelan et l'association chargée de mettre en valeur le patrimoine de la région ont en effet été nombreuses et variées ; ses œuvres ont servi à l'illustration de multiples ouvrages et prospectus. 

Les différents paysages jurassiens sont ainsi abondamment représentés, des rives du Doubs aux pâturages boisés des Franches-Montagnes en passant par les ruelles de villages. L'humain y côtoie l'animal, le bâti la nature, le petit le très grand. Si de nombreuses représentations servent à des fins touristiques, le manuel scolaire Mon beau Jura permet d'aborder une autre facette du travail de Boillat. Pour illustrer les propos d'Eric Dellenbach, Jean Vuilleumier et Roland Stähli, on y retrouve aussi bien les animaux de nos contrées que des exemples d'industries implantées dans la région et leurs produits manufacturés. 

Il est une thématique qui ressort particulièrement de ce travail : la tradition gastronomique jurassienne. Un nombre important de matrices a en effet servi à l'illustration de trois ouvrages en particulier, tous traitant de produits du terroir jurassien ou de savoir-faire typiques de la région. Les processus de fabrication de produits locaux y sont dépeints, tout comme le matériel ad hoc ou encore les produits finis.

Autour de la crémaillère : notes et propos gastronomiques sur la bonne cuisine dans le Jura bernois.
Bellelay et son fromage : « la tête de moine ».
La Neuveville et son vignoble.

Chaque gravure de Boillat illustre un propos. Elle parle d'elle-même et est, par sa finesse et sa qualité d'exécution, une œuvre d'art à part entière. Avec une infinie précision et un souci du détail, Laurent Boillat réussit ainsi à donner vie à une région, aux gestes quotidiens de ses habitants, à ce « Beau Jura » qui est le sien.


Lionel Guenin

Fonds Pro Jura, inventaire des bois gravés de Laurent Boillat 

Le 9 août 1801, Orvin faillit disparaître dans un terrible incendie

Le document du mois - 17 Aoû 2016

Orvin fête ses 1150 ans cette année, l'occasion de rappeler le terrible incendie de 1801 qui détruisit presque totalement le village. Le Journal du pasteur Frêne et la correspondance des membres de la famille Morel nous plongent au coeur de l'événement. 

Le pasteur de Tavannes Théophile Rémy Frêne inscrit dans son journal : « Le 9 août dimanche, Madame de Mirabeau avec Madame Schaffter-Morel dîna chez nous. L'après-midi, la nouvelle se répandit d'un terrible incendie arrivé ce même jour à Orvin, commencé pendant que l'on étoit à l'église. Cet incendie, plus fatal que celui de 1754, consuma la majeure partie du village, sç[avoir] soixante et des maisons, la cure, les deux auberges. »

A Corgémont, le pasteur Charles-Ferdinand Morel est bouleversé : sa sœur et son mari le pasteur Watt d'Orvin ont perdu leurs biens dans la cure partie en fumée. Morel se rend en hâte à Orvin où il ne peut que constater le désastre. Sa fiancée Isabelle de Gélieu s'inquiète : « Oh mon Dieu quelle nuit et quel réveil pour tous ces malheureux incendiés ! ... J'ai admiré hier votre calme, mais dites-moi comment vous vous trouvez aujourd'hui ».

Son frère François Morel et sa jeune épouse, ainsi que leur amie la fantasque Madame de Mirabeau logent à ce moment-là chez lui, à Corgémont. Ils se rendent également à Orvin. Face au spectacle de désolation, Madame de Mirabeau se lamente et s'agite en tous sens, pressée de secourir les malheureux. 

Madame de Mirabeau au pasteur Frêne, le 10 août : « Il n'est que trop vrai que la famille Watt est ruinée et dans la cruelle nécessité d'être à la charge des autres. Moi-même qui ai tant souffert dans ma vie, je sens toutes mes plaies se rouvrir au récit du malheur d'autrui que je ne puis soulager. Je me sens faible depuis hier au soir comme un enfant. Le ministre seul [Charles-Ferdinand Morel], cet homme vraiment sublime et si méconnu de lui-même et des autres, nous soutient tous... J'ai besoin de voir Mme Watt, son infortuné mari qu'on n'a pu encore tirer d'Orvin, et toute cette famille désolée. »

A Orvin, tandis que Charles-Ferdinand Morel organise la prise en charge des sinistrés dans les villages voisins, son frère François s'effondre dans l'herbe aux côtés de son épouse sous le coup de l'émotion... 

Madame de Mirabeau à Isabelle de Gélieu, le 10 août : « Mme Morel [l'épouse de François] est anéantie par la commotion trop forte que lui a causé l'extrême sensibilité de son mari : votre très faible camarade, après avoir soutenu tout le monde au moment du besoin, a fini par retrouver ses propres malheurs dans ceux de la famille Watt, à sentir cruellement son impuissance pénible, sa nullité profonde pour le soulagement d'autrui... Le ministre seul est parfait pour tous : il mérite si bien de connaître le bonheur au moins en perspectives !"

Sources : Théophile Rémy Frêne, Journal de ma vie, vol. 4, p. 323 ; correspondance tirée du Fonds Doyen Morel (commune de Corgémont), à Mémoires d'Ici

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© Mémoires d'Ici, Fonds Doyen Morel (commune de Corgémont)

 

 

 

Le fonds Roland Stähli : une autobiographie

Le document du mois - 13 Jui 2016

Mémoires d'Ici, Fonds Roland Stähli, Photographie Simone Oppliger

Déposées à Mémoires d'Ici par sa famille, les archives de Roland Stähli sont désormais accessibles aux chercheurs et au public, au terme d'un long travail de tri et de classement. Ce sont finalement 65 boîtes d'archives, de photographies et d'enregistrements audiovisuels, mais aussi des dizaines de livres qui ont rejoint nos collections. Ces documents «incarnent» la mémoire d'un homme à part, enseignant, historien, écrivain, premier citoyen d'honneur de « sa » commune de Tramelan,  un politicien qui a marqué le passé récent du Jura bernois, dont il fut le représentant au Grand Conseil, puis au Conseil National.

Les archives rassemblées par Roland Stähli à partir de la fin des années 1930 permettent de suivre son parcours impressionnant durant une septantaine d'années, sur les traces de ses multiples activités, pédagogiques, politiques, culturelles et associatives. On y lira donc l'homme attendu, celui qui n'a que rarement déserté la scène médiatique : le politicien opiniâtre, l'historien passionné, le poète amoureux des arts et de la nature. Mais les engagements plus personnels affleurent également, tout comme le cours de longues et parfois tumultueuses amitiés, les valeurs intimes qui soutiennent ses choix.

Au fil d'un même discours, invariablement calligraphié au stylo à bille noir sur du papier ligné, maintes fois photocopié, corrigé et recorrigé, la pensée de l'homme se déploie et s'affine, avec minutie et rigueur. De la même manière, Roland Stähli a classé, déclassé, reclassé, multiplié ses archives, désorganisé et réorganisé méthodiquement son passé, en quête d'une ultime cohérence.

Fonds Roland Stähli (Staehli)

Chère Marraine...

Le document du mois - 12 Mai 2016

Il a 32 ans. Il vient de Roubaix où il était trieur de laine. Il a été fait prisonnier de guerre quand les Allemands ont envahi le nord de la France. Il a rejoint alors le camp de Holzminden, en Basse-Saxe, laissant au pays sa mère âgée, sa femme et son enfant.
En février 1916, après seize mois de captivité, il sollicite la protection d'une marraine de guerre. Ce sera Lydia Clottu, une jeune femme de Cornaux dans le canton de Neuchâtel. Dans ses premières lettres, il demande des vivres, puis un petit savon.
Reconnu malade par les commissions médicales, il est un des 75'000 internés qui séjourneront en Suisse entre 1916 et 1918. Le 17 mai 1916, il arrive à Saint-Imier. Il poursuit alors sa correspondance avec sa marraine. Au fil des mois, un lien se tisse. Dans la solitude de l'exil, dans l'éloignement de la famille, dans l'incertitude quant à l'avenir de son pays en guerre, le prisonnier lutte contre son « cafard ». Ecrire à cette femme qui lui envoie, au gré des saisons, des cerises ou du raisin le rattache au monde des hommes.
L'échange épistolaire sera le fil rouge de la présentation de l'histoire des internés civils et militaires à Mont-Soleil, 

mardi prochain, 17 mai 2016, à la salle de la Paroisse réformée à Saint-Imier.

L'entrée est libre et le verre de l'amitié sera offert par la Municipalité de St-Imier à l'issue de la présentation.

Mémoires d'Ici, Fonds Lydia Clottu.

 


 

17 mai à 20h00 à Saint-Imier : CONFÉRENCE sur LES PRISONNIERS DE GUERRE À MONT-SOLEIL

Le document du mois - 10 Mai 2016

Le 17 mai 1916, douze soldats et vingt-cinq civils français en provenance de Constance reçoivent un accueil triomphal à leur arrivée à Saint-Imier. Les autorités de la petite ville et toute la population se sont massées à la gare pour accueillir ce premier convoi d'internés français à destination de Mont-Soleil. Baptiste Savoye en personne, conseiller national et directeur de la fabrique d'horlogerie Longines, s'est porté président du Comité d'hospitalisation. Les gens s'entassent le long des rues, se dressent sur les talus ou sur les toits plats pour mieux voir les hommes qui arrivent.

Arrivée des internés à St-Imier, le 17 mai 1916: Mémoires d'Ici, Fonds Oliver Wileczelek

A l'entrée en gare de l'express de 8h39, le Corps de musique entonne La Marseillaise. Vingt drapeaux sont tendus en ligne sur le quai. Une dizaine d'enfants portent d'énormes bouquets de fleurs aux couleurs de la France.

On crie de partout : « Vive la France ! ». Les internés répondent : « Vive la Suisse ! » La réception est si imposante que le correspondant du journal local écrira aussitôt : « On dirait la grande fête qui couronne une victoire politique ou militaire. » (Le Jura bernois, 17 mai 1916).


Cet épisode, tombé dans l'oubli, sera retracé à travers des documents d'époque : photographies, journaux, témoignages, ainsi que la correspondance exceptionnelle d'un prisonnier avec sa marraine de guerre. Cent ans jour pour jour après l'arrivée des premiers prisonniers à Saint-Imier, Mémoires d'Ici vous convie à une conférence

mardi 17 mai 2016, à 20h00, à la salle de la Paroisse réformée, rue de la Cure 1 à Saint-Imier.


L'entrée est libre et le verre de l'amitié sera offert par la Municipalité de St-Imier à l'issue de la présentation.