Mémoires d'Ici - Activités - Dans nos collections

La tête dans les étoiles

Le document du mois - 24 Nov 2016

L'observatoire du pasteur Jean-Louis Herzog à La Ferrière
Plaque photographique pour la projection, non datée, 9 x 10 cm
© Mémoires d'Ici, Fonds Erich Brunner

Mémoires d'Ici a reçu du pasteur Erich Brunner de Bévilard le prêt de 551 plaques de verre et un projecteur.

Il s'agit de la diathèque du Pasteur Jean-Louis Herzog, de la Ferrière. Celui-ci a constitué cette collection pour illustrer les conférences scientifiques ou encyclopédiques qu'il organisait. De nombreux thèmes y sont représentés : astronomie, sciences naturelles, art religieux, villes et monuments suisses, volcans et tremblements de terre, guerres balkaniques, etc.

Jean-Louis Herzog naît en 1875 à Neuchâtel. Grandissant au sein d'une famille pieuse, il a très tôt le sentiment que Dieu l'appelle à exercer le ministère pastoral.

Consacré en 1899, après des études à Neuchâtel et à Berlin, il est tout d'abord chapelain de l'Hôpital de Pourtalès à Neuchâtel, puis pasteur intérimaire à Chézard-St-Martin, Fleurier, Môtiers, St-Blaise et Chardonne (Vaud).
De 1904 à 1911, il dirige l'Eglise libre de Tramelan, remplace le pasteur Guye de Neuchâtel jusqu'en mars 1912, puis exerce en France à Seloncourt. En 1913, il revient dans le Jura bernois, où il achève sa carrière pastorale.
De 1913 à 1928, il est pasteur à La Ferrière et de 1928 à 1941, à Bévilard. Retiré à Corcelles (NE), il y décède en 1943.

Membre de l'Emulation jurassienne, il est président de la section de la Prévôté. Les domaines les plus divers des sciences naturelles l'intéressent mais l'astronomie est la science qu'il cultivait le plus.
Il est membre de la société d'astronomie de France et donne chaque jour, de sa station d'observation de La Ferrière, des renseignements précis à l'office météorologique.

Toute sa vie, il s'intéresse activement à la jeunesse. Alors qu'il séjourne à St-Blaise, il est agent cantonal des Unions cadettes neuchâteloises. En 1909, il représente les Unions chrétiennes du Jura au congrès universel de ces associations. Plus tard, il apporte une active collaboration au mouvement scout. Il préside le corps des Éclaireurs jurassiens, puis l'ensemble de cette association suisse.

Il est président du Dispensaire antituberculeux du district de Moutier, après avoir été fondateur de celui du district de Courtelary, président de la Croix-Rouge du district de Courtelary, membre de la direction de l‘Hôpital de Moutier, inspecteur d'assistance de l'arrondissement de Saint-Imier, membre de Pro Juventute et créateur de l'Œuvre pour la vieillesse au Jura.

L'intégralité des plaques de verre est désormais numérisée et intégrée à notre base de données photographiques. Les documents iconographiques seront prochainement disponibles en ligne, sur notre site Internet.

Sources: SIMON, Charles (fils). « Le pasteur Jean-Louis Herzog ». Trait d'Union jurassien, no 5, mai 1943

 

Chère Mobilière...

Le document du mois - 15 Nov 2016

« Plan de Villeret pour l'assurance mobilière suisse, avril 1895 », 1:2500, 32 X 47 cm
(Source : Fonds La Mobilière, Saint-Imier)

La nuit du 21 au 22 septembre 1889, un violent incendie détruit un groupe de cinq maisons du Coin-Dessous, à Villeret. Une partie du mobilier de quelques familles seulement a pu être sauvé. Ceux auxquels rien ne reste sont justement les personnes non assurées.

La Société d'assurance suisse contre l'incendie du mobilier (La Mobilière) est pourtant active depuis 1826. Première assurance privée du pays, elle n'est guère populaire au XIXe siècle, tout comme l'Assurance des bâtiments contre l'incendie (AIB) mise en place dans le canton en 1806. Malgré le risque majeur que constitue l'incendie pour les villes et villages suisses en phase d'industrialisation, les sinistrés préfèrent compter sur la charité et la solidarité de la collectivité.

En 1861, l'incendie de Glaris détruit près de 600 bâtiments de la ville. Il provoque un véritable électrochoc dans toute la Suisse et, dans la foulée, la naissance de nouvelles assurances privées. Les Jurassiens assureront désormais un peu plus volontiers leurs biens, avec pour conséquence imprévue une recrudescence suspecte des incendies en 1868 !
De leur côté, les autorités bernoises légifèrent et rationnalisent. L'AIB devient ainsi obligatoire en 1881 ¬ malgré le refus des Jurassiens. En 1897, le canton renouvelle les prescriptions en matière de police du feu, codifiant de manière uniforme la lutte contre l'incendie sur tout le territoire et dans ses moindres détails.

A Saint-Imier, le bureau de La Mobilière fait relever les plans des villages de la région entre 1895 et 1897. Il s'agit de mettre en évidence les dispositifs d'intervention disponibles (fontaines, puits, réservoirs, hangars des pompes), les risques spécifiques (à Orvin, on précise qu'il n'y a plus de bardeaux sur les toits), les bâtiments à protéger, classés selon leur fonction et leur valeur (bâtiments artisanaux et industriels, édifices publics, fermes, constructions en projet, etc.). Témoignages de l'évolution de l'assurance-incendie et de la lutte contre les incendies, ces documents permettent également de saisir le processus d'industrialisation et les transformations urbanistiques qui marqueront durablement de nombreux villages.

Inventaire des plans remis par le bureau imérien de La Mobilière à Mémoires d'Ici

 

 

Une disette menace le bétail jurassien en 1893

Le document du mois - 30 Oct 2016
L'été 1893 s'avère particulièrement sec en Suisse, les récoltes sont insuffisantes et le fourrage s'annonce rare pour l'hiver à venir. Il faut urgemment parer au désastre. 

La Société d'agriculture du district de Courtelary (SADC) prend la tête d'une commission chargée d'acheter divers types de fourrages à l'étranger et de les revendre à des prix abordables aux agriculteurs du district. Le Conseil fédéral s'engage pour sa part à rembourser une partie des frais d'importation et à supprimer les taxes de douanes. Dès lors, en collaboration avec divers intermédiaires tels que l'usine du Torrent à Cormoret, la SADC procède à des importations massives en provenance de Marseille et Venise. Celles-ci s'étalent de l'automne 1893 au mois de mars 1894, date à laquelle les dispositions du Conseil fédéral prennent fin : le pire a été évité.

La Société d'agriculture du district de Courtelary a choisi de se dissoudre le 21 mai 2015, après 142 années passées au service de l'agriculture et des branches qui en dépendent. Les détails de cet épisode - parmi tant d'autres - sont à découvrir dans les archives de la société, désormais accessibles à Mémoires d'Ici. 

 

Descriptif et inventaire du fonds d'archives Société d'agriculture du district de Courtelary 

 



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Les bois gravés de Laurent Boillat

Le document du mois - 01 Sep 2016

Bois gravé ayant servi à réaliser le filigrane des pages de couverture de trois ouvrages édités par Pro Jura :  Autour de la Crémaillère, Bellelay et son fromage et La Neuveville et son vignoble.  

Mémoires d'Ici conserve quelque 140 matrices en bois de bout gravées et clichés typographiques de Laurent Boillat (1911-1985). Tirés du fonds Pro Jura, ceux-ci ont été versés en 2007 et 2015. Les collaborations entre l'artiste de Tramelan et l'association chargée de mettre en valeur le patrimoine de la région ont en effet été nombreuses et variées ; ses œuvres ont servi à l'illustration de multiples ouvrages et prospectus. 

Les différents paysages jurassiens sont ainsi abondamment représentés, des rives du Doubs aux pâturages boisés des Franches-Montagnes en passant par les ruelles de villages. L'humain y côtoie l'animal, le bâti la nature, le petit le très grand. Si de nombreuses représentations servent à des fins touristiques, le manuel scolaire Mon beau Jura permet d'aborder une autre facette du travail de Boillat. Pour illustrer les propos d'Eric Dellenbach, Jean Vuilleumier et Roland Stähli, on y retrouve aussi bien les animaux de nos contrées que des exemples d'industries implantées dans la région et leurs produits manufacturés. 

Il est une thématique qui ressort particulièrement de ce travail : la tradition gastronomique jurassienne. Un nombre important de matrices a en effet servi à l'illustration de trois ouvrages en particulier, tous traitant de produits du terroir jurassien ou de savoir-faire typiques de la région. Les processus de fabrication de produits locaux y sont dépeints, tout comme le matériel ad hoc ou encore les produits finis.

Autour de la crémaillère : notes et propos gastronomiques sur la bonne cuisine dans le Jura bernois.
Bellelay et son fromage : « la tête de moine ».
La Neuveville et son vignoble.

Chaque gravure de Boillat illustre un propos. Elle parle d'elle-même et est, par sa finesse et sa qualité d'exécution, une œuvre d'art à part entière. Avec une infinie précision et un souci du détail, Laurent Boillat réussit ainsi à donner vie à une région, aux gestes quotidiens de ses habitants, à ce « Beau Jura » qui est le sien.


Lionel Guenin

Fonds Pro Jura, inventaire des bois gravés de Laurent Boillat 

Le 9 août 1801, Orvin faillit disparaître dans un terrible incendie

Le document du mois - 17 Aoû 2016

Orvin fête ses 1150 ans cette année, l'occasion de rappeler le terrible incendie de 1801 qui détruisit presque totalement le village. Le Journal du pasteur Frêne et la correspondance des membres de la famille Morel nous plongent au coeur de l'événement. 

Le pasteur de Tavannes Théophile Rémy Frêne inscrit dans son journal : « Le 9 août dimanche, Madame de Mirabeau avec Madame Schaffter-Morel dîna chez nous. L'après-midi, la nouvelle se répandit d'un terrible incendie arrivé ce même jour à Orvin, commencé pendant que l'on étoit à l'église. Cet incendie, plus fatal que celui de 1754, consuma la majeure partie du village, sç[avoir] soixante et des maisons, la cure, les deux auberges. »

A Corgémont, le pasteur Charles-Ferdinand Morel est bouleversé : sa sœur et son mari le pasteur Watt d'Orvin ont perdu leurs biens dans la cure partie en fumée. Morel se rend en hâte à Orvin où il ne peut que constater le désastre. Sa fiancée Isabelle de Gélieu s'inquiète : « Oh mon Dieu quelle nuit et quel réveil pour tous ces malheureux incendiés ! ... J'ai admiré hier votre calme, mais dites-moi comment vous vous trouvez aujourd'hui ».

Son frère François Morel et sa jeune épouse, ainsi que leur amie la fantasque Madame de Mirabeau logent à ce moment-là chez lui, à Corgémont. Ils se rendent également à Orvin. Face au spectacle de désolation, Madame de Mirabeau se lamente et s'agite en tous sens, pressée de secourir les malheureux. 

Madame de Mirabeau au pasteur Frêne, le 10 août : « Il n'est que trop vrai que la famille Watt est ruinée et dans la cruelle nécessité d'être à la charge des autres. Moi-même qui ai tant souffert dans ma vie, je sens toutes mes plaies se rouvrir au récit du malheur d'autrui que je ne puis soulager. Je me sens faible depuis hier au soir comme un enfant. Le ministre seul [Charles-Ferdinand Morel], cet homme vraiment sublime et si méconnu de lui-même et des autres, nous soutient tous... J'ai besoin de voir Mme Watt, son infortuné mari qu'on n'a pu encore tirer d'Orvin, et toute cette famille désolée. »

A Orvin, tandis que Charles-Ferdinand Morel organise la prise en charge des sinistrés dans les villages voisins, son frère François s'effondre dans l'herbe aux côtés de son épouse sous le coup de l'émotion... 

Madame de Mirabeau à Isabelle de Gélieu, le 10 août : « Mme Morel [l'épouse de François] est anéantie par la commotion trop forte que lui a causé l'extrême sensibilité de son mari : votre très faible camarade, après avoir soutenu tout le monde au moment du besoin, a fini par retrouver ses propres malheurs dans ceux de la famille Watt, à sentir cruellement son impuissance pénible, sa nullité profonde pour le soulagement d'autrui... Le ministre seul est parfait pour tous : il mérite si bien de connaître le bonheur au moins en perspectives !"

Sources : Théophile Rémy Frêne, Journal de ma vie, vol. 4, p. 323 ; correspondance tirée du Fonds Doyen Morel (commune de Corgémont), à Mémoires d'Ici

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© Mémoires d'Ici, Fonds Doyen Morel (commune de Corgémont)