Mémoires d'Ici - Activités - Dans nos collections

Journée mondiale du patrimoine audiovisuel: Gymnastique à Sonceboz dans les années '40

Le document du mois - 18 Oct 2018

L'UNESCO encourage les institutions, de tous pays, à participer à la Journée mondiale du patrimoine audiovisuel en montrant les précieuses collections dont elles sont les dépositaires. En Suisse, MEMORIAV coordonne les actions des institutions désireuses de valoriser leurs archives audiovisuelles. 

A cette occasion, Mémoires d'Ici propose la projection numérique de deux courts films muets, essentiellement en noir/blanc, réalisés par M. Roger Pécaut, vidéaste amateur de Sonceboz. 

La projection dure une quinzaine de minutes.

Nous vous invitons cordialement: 

Vendredi 26 octobre 2018,

 à 17h45 et 18h30,

à Mémoires d'Ici

Entrée libre



Fonds Commune de Sonceboz-Sombeval, Collection René Rimaz

 

Ces films font partie d'un très riche ensemble de documents réunis par M. René Rimaz, que la Commune de Sonceboz-Sombeval a récemment remis à Mémoires d'Ici.

Pour de plus amples informations: http://memoriav.ch/st-imier-soiree-de-projections-au-centre-memoires-dici/?lang=fr

Document du mois : Les Amis de la Nature dans le Jura bernois

Le document du mois - 14 Aoû 2018
Ne devient pas un Ami de la Nature qui veut dans les années 1940, à Saint-Imier comme partout ailleurs

Née à Vienne en 1895, l'Union touristique des Amis de la Nature souhaitait alors promouvoir des loisirs susceptibles de régénérer le corps et l'esprit des nouveaux travailleurs de l'industrie. Contrairement à d'autres mouvements nés à la même époque et exprimant le vœu d'un retour à un mode de vie naturel, cette société s'adressait, sinon aux ouvriers, du moins aux partisans du socialisme. Le mouvement s'implanta en Suisse dès 1905, une section locale vit le jour à Saint-Imier en 1909.

Pour obtenir sa carte de membre, cet aspirant Ami de la Nature admet s'engager dans une « société culturelle basée sur les principes du socialisme » et qui a pour devoir de « faire ressortir clairement cette tendance chaque fois que l'occasion s'en présente ». Le « bourgeois » en est d'ailleurs explicitement exclu par les statuts de 1938. 

 



Carte de membre d'un Ami de la Nature St-Imier, avec timbres de cotisations 1946 et 1947 en esperanto: « Naturamikoj ».

 

 

Les mêmes statuts nous renseignent sur les buts généraux de la société : inculquer à ses membres « la vraie solidarité, basée sur le sentiment de la communauté socialiste [...], développer le peuple ouvrier physiquement et moralement par des excursions, l'alpinisme et des voyages en vue de l'amener à une conception raisonnable de la vie sociale. » 

La section locale imérienne s'installe d'ailleurs dans la Maison du peuple en 1926, aux côtés de sociétés « sœurs » comme le Cercle ouvrier, le parti socialiste et les fanfares et chorales ouvrières. 

Les « camarades » organisent ensemble la manifestation annuelle du 1er mai, des conférences et projections de film. Ils concoctent surtout les activités de loisirs qui répondent à leurs besoins de délassement et de sociabilité : les « soirées familières » et la piste de jeu de boules de la Maison du peuple ont grande réputation.

 

Le dimanche, les Amis de la Nature de Saint-Imier et leurs familles s'échappent dans leur chalet du « Berg frei », inauguré en 1931 au Mont-Soleil. À l'occasion, ils mettent sur pied des courses plus longues, dans les Alpes, à la campagne ou en ville. Elles leur permettent d'aller à la rencontre d'autres Amis et « camarades » qui ne manqueront pas de les héberger et de leur faire honneur, à grand renfort de discours, cortèges et soirées dansantes. 

Ces virées festives peuvent se muer en « excursions sociales », telle celle qui emmena le 11 septembre 1948 83 membres de la Musique ouvrière et des Amis de la Nature dans les quartiers ouvriers de Mulhouse. 

 

Les archives des Amis de la Nature, du Cercle ouvrier et des Musiques ouvrières ont été partiellement conservées dans les combles de la Maison du peuple jusqu'au moment de sa rénovation en 1989. Elles sont aujourd'hui accessibles à Mémoires d'Ici sous la mention « Cercle ouvrier-Maison du peuple Saint-Imier ».

© Fonds Cercle ouvrier-Maison du peuple, Mémoires d'Ici

 

Fonds Doyen Morel (Commune de Corgémont) retranscription de lettres de Maubeuge

Le document du mois - 01 Fév 2018

Je vous avais promis de vous donner de mes nouvelles pendant mon voyage


Au printemps de l'année 1790, Charles-Ferdinand Morel se rend à Maubeuge comme ministre de camp du régiment de Reinach. Trois années durant, il accompagnera les soldats jurassiens dans leur vie spirituelle. Dix-neuf lettres écrites à ses parents ont été conservées de cette époque charnière dans la formation du jeune homme. Celui-ci vient de terminer ses études en théologie à Bâle où il a été consacré ; il retournera en Erguël en 1793, chargé des idées de la Révolution française.

Durant ses années françaises, Morel découvre l'effervescence politique et devient même secrétaire du Club des jacobins local. La correspondance qu'il entretient avec sa famille reflète le regard du jeune homme de 18 ans sur son monde en changement. Pour motiver son retour, il écrira : Mais je vois les choses sous des couleurs sinistres. La Révolution n'est que commencée. Elle est bien faite dans les esprits ; mais elle n'est pas mûre en exécution. Elle ne marche pas comme elle devrait. Des partis se forment. Les uns pour la détruire, d'autres pour en modifier les effets, et un autre pour la soutenir. Dans cette fermentation, on ne peut s'attendre qu'à des événements douloureux et, pour les éviter, je crois que s'en éloigner quand on le peut est un parti que dicte la prudence (lettre n° 51, 19 juin 1792). Ou encore, soucieux de ce qui se passe au pays : On dit ici que le prince de Porrentruy fait venir des troupes de l'Allemagne. Un papier disait hier que l'empereur avait demandé aux Bâlois de pouvoir passer sur leur territoire et qu'ils avaient répondu qu'ils en déféraient à la décision des 13 cantons. Cela est-il vrai ? Et pourquoi le prince aurait-il besoin de troupes ? (lettre n° 43, 21 février 1791)

Ses lettres sont aussi intéressantes dans les détails qu'elles recèlent. Il faut lire le récit des voyages de Morel : La voiture que j'eus n'était qu'une mauvaise charrette recouverte, et conduite par une haridelle qui, à tous les défauts qu'elle possédait, réunissait celui d'être aveugle (lettre n° 42, 6 avril 1792). Ou la transmission des missives : Je crois vous avoir déjà écrit que j'oubliais de désigner sur l'adresse les endroits par où elle devait passer pour vous arriver ; et ignorant le pays où était situé Corgémont, on l'aura gardée ou brûlée au bureau (lettre n° 50, le 23 avril 1792). J'ai reçu ma lettre par Bâle cette fois pour qu'elle ne risque pas d'être ouverte à Porrentruy comme on soupçonne que cela arrive quelquefois (lettre n° 46, 9 août 1791). Ses descriptions furtives de Paris, d'Arras, de Lille ou de Strasbourg sont des témoignages captivants.

Il faut saisir aussi l'importance de remarques pour la compréhension du commerce de l'horlogerie : Se promenant un jour pendant l'hiver passé sur la route chaussée de Maubeuge, il fit la rencontre d'un voyageur à cheval qui, l'ayant abordé, s'informa s'il n'était par hasard pas horloger. Apprenant qu'il en avait fait un apprentissage pendant trois ans, il lui propose d'accepter du service dans leur maison, en disant qu'ayant formé le projet d'entreprendre un commerce en horlogerie, il lui faudrait un homme qui le seconde dans cette partie. (lettre n° 50, 23 avril 1792). Morel lui-même mentionne plusieurs fois les montres et les boîtes de mouvements dont les Raiguel le chargent et pour lesquelles il reçoit de l'argent.

Mémoires d'Ici, Fonds Doyen Morel (Commune de Corgémont)

Ces lettres ont été retranscrites par Rosa Steiner, bénévole à Mémoires d'Ici, et ont été relues par Raphaël Becker, stagiaire. Leur contenu est mis en ligne sur notre site à l'occasion de la Journée d'études sur le Fonds Doyen Morel (Commune de Corgémont).
Retranscription des lettres, fichier PDF

A lire en complément : 

M. le pasteur Simon, « Charles-Ferdinand Morel comme aumônier du régiment de Reinach 1790-1792 (d'après sa correspondance) », Actes de la Société jurassienne d'émulation, vo. 44 (1939), p. 65-76 https://www.e-periodica.ch/digbib/view?pid=asj-006:1939:44#96 

 

Fonds Doyen Morel (Commune de Corgémont) retranscription de lettres à ses parents

Le document du mois - 15 Jan 2018

Votre très humble et très obéissant fils Morel

Charles-Ferdinand Morel a 13 ans lorsqu'il quitte Corgémont pour aller étudier la théologie à Bâle, où il sera consacré en 1789. Les lettres qu'il adresse à ses parents de son séjour dans la ville rhénane montrent un jeune adolescent devenir adulte. On le suit pas à pas dans les étapes de sa formation - et dans celle de son émancipation.
Ces lettres contiennent également quantité de détails sur la vie quotidienne. Les conditions de voyage, l'achat des rames de papier, de thé ou de pommade, l'acquisition des livres par encan, la confection des vêtements que l'on porte, la bienséance en société, les bals que l'on découvre et les visites de courtoisie que l'on doit faire... 

Mémoires d'Ici, Fonds Doyen Morel (Commune de Corgémont)


Ces lettres ont été retranscrites par Rosa Steiner, bénévole à Mémoires d'Ici, et ont été relues par Raphaël Becker, stagiaire. Leur contenu est mis en ligne sur notre site à l'occasion de la Journée d'études sur le Fonds Doyen Morel (Commune de Corgémont).

Retranscription des lettres, fichier PDF

 

Voyager par les livres anciens

Le document du mois - 01 Nov 2017

Pour fêter le vingt-cinquième anniversaire de la Bibliothèque régionale de Saint-Imier, Mémoires d'Ici sortira quelques ouvrages d'exception de ses rayons, les présentera et lira des extraits de récits de voyage.



Voyager par les livres anciens
Mardi 7 novembre 2017, à 19h30
Salle de Rameaux, Rue du Midi 6, 2610 Saint-Imier
Entrée libre


 

Quel intérêt le Jura bernois a-t-il aux yeux des voyageurs du 19e siècle ? Placée à l'écart des grandes routes du tourisme naissant, la région n'est que peu évoquée dans les guides de l'époque. Pourtant, ces Guides du routard avant l'heure, qui s'arrêtent souvent aux mêmes lieux, offrent un regard intéressant sur notre contrée. Cartes de géographie et gravures, descriptions d'hôtels et de restaurants, relais de chevaux, curiosités régionales... les informations contenues dans ces livres disent à leur façon comment les visiteurs extérieurs ont perçu notre région. Les voyageurs racontent, souvent brièvement, leurs découvertes : ils décrivent les paysages qui s'offrent à eux, rapportent les émotions qui les traversent, relatent les accidents qu'ils ont vécus.


Extraits de : Souvenirs de Madame Vigée Le Brun, Paris, 1869 

Si vous avez peur des précipices

Aimable comtesse, si vous avez peur des précipices, je ne vous engage pas à suivre la route de l'évêché de Bâle ; vous pourriez bien n'y éprouver d'autre sensation que le mal de la peur ; les précipices sont à perte de vue, et sans parapets ni barrières ; on les trouve à la droite du chemin ; d'énormes rochers à pic bordent le côté gauche. Il s'en est peu fallu que je ne sois tombée dans ces abîmes. Le cheval qui menait ma voiture allait de droite à gauche au bord des précipices. Le chemin était étroit. Tout à coup mon cheval se cabre ; le sang lui sort des narines et jaillit sur les vitres de ma voiture : le cocher descend pour arrêter le cheval, qui bondissait toujours. J'avoue que j'étais fortement effrayée ; je dissimulais ma peur pour ne pas augmenter celle de ma chère compagne Adélaïde ; le ciel eut enfin pitié de nous. Au moment même où nous étions emportées dans les précipices, un homme (le seul que nous ayons rencontré sur cette route) vient à nous, ouvre la portière et nous fait descendre ; puis aussitôt il se réunit au cocher pour retenir le cheval et lui relâcher le harnais ; le col de la pauvre bête était trop serré, et le sang lui avait porté à la tête. Nous étions certainement perdues sans ce bon paysan ; j'ai voulu le récompenser, mais il m'a refusée, en disant : « Je suis heureux de m'être trouvé là. » Que Dieu le bénisse pour prix du service qu'il nous a rendu.


Extraits de : Madame de Gauthier, Voyage d'une Française en Suisse et en Franche-Comté, 1790

Ses habitans ne sont soumis à aucune espèce d'impôt

Nous retournâmes dîner à l'isle Saint-Pierre ; vers quatre heures le vent s'éleva, ce qui ne nous empêcha pas de nous embarquer. Il est assez rare qu'il soit fort sur le lac de Bienne pour rendre la navigation dangereuse. Comme il n'en est pas de même de celui de Neuchatel, qui devient en peu de tems très-orageux, nous fûmes obligés de débarquer, & de coucher à La Neuveville, faite de voitures. Cette petite ville fait partie de l'évêché de Basle. Tout commerce lui est étranger ; ses habitans, au nombre de cinq cents, vivent du seul produit de leur vignoble ; ils ne sont soumis à aucune espèce d'impôt. (...) Au-dessus de la ville, on apperçoit les restes du château de Schlossberg, qui lui servit long-tems de défense.

 

Extraits de : Manuel du voyageur en Suisse, par Richard, édition revue, Paris, Maison, Libraire, [1837]

Par Malleray (où il y a une fort bonne auberge)

Il y a plusieurs charmantes excursions à faire depuis Bienne. (...)
Tavannes (Dachsfelden), joli endroit ; la Couronne est une auberge estimée. Pop. 600 habit. Le château de Tavannes fut réduit en cendres l'an 1499 ; il appartenait à une famille dont le nom figure parmi les magistrats auxquels les évêques de Bâle confièrent le gouvernement du petit Bâle pendant le XIIIe siècle. (...) Le ci-devant couvent de bénédictins de Bellelay, fondé en 1136, est situé à une hauteur considérable sur le Jura, et à 2 lieues de Tavannes, dans une contrée solitaire, au milieu des bois. On remarque dans les cours du couvent la source de la Sorne, qui, au-delà du village de Sornetan, se jette dans les précipices de Pichoux, où l'on descend par un sentier (...)
A Court, dans le val de Moutiers, par Malleray (où il y a une fort bonne auberge), et Bévillard, 2 lieues. De Court à Moutiers, 1 lieue ½. A Bellelay, 2 lieues, toujours en montant ; de là on trouve des chemins pour entrer dans la vallée de Delémont (...)


Extraits de : Hermann Runge, La Suisse. Collection de vues pittoresques, Darmstadt, 1866

La plupart des maisons sont entourées de spacieux et beaux jardins

Avant de continuer, en descendant la vallée, la route qui conduit à Bienne, remontons-la un instant en prenant la route de La Chaux-de-Fonds. A Sonceboz et à Sombeval le sol est déjà fertile, mais il l'est davantage à Corgémont ; c'est là que le vallon atteint sa plus grande largeur. Plus haut, nous trouvons les villages de Cortébert et Courtelary. Le Vallon-de-St-Imier est fertile ; il possède particulièrement bon nombre de belles prairies et beaux pâturages. Les habitants y exercent plusieurs professions, telle que bordage, crochetage, et la fabrication de la dentelle faites au fuseau qui sont estimées par leur finesse et leur solidité.
(...)
Ces deux derniers villages [Sonvilier et Renan] sont bien bâtis et élégants. La plupart des maisons sont entourées de spacieux et beaux jardins, entretenus avec soin. L'industrie horlogère y prédomine de beaucoup sur les autres arts et métiers. C'est dans les environs de Renan que la Suze prend sa source.

 

Mentions de provenance :

Le Jura bernois: Jules Monod, Le Jura bernois, 1902
Neuveville et le Schlossberg, Le Couvent de Bellelay: Album pittoresque du Jura bernois et neuchâtelois, Saint-Imier, 1894