Mémoires d'Ici - Activités - Dans nos collections

Éboulement à l’entrée de Reuchenette, le 17 juin 1967

Le document du mois - 15 Jui 2017

© Collections Mémoires d'Ici. Photographe: Peter Gisler

 

Imaginez-vous à la place de ce cycliste qui, un matin vers 3h20, fut surpris de constater que la route cantonale de l'entrée de Reuchenette se soulevait sous ses roues. Croyant d'abord être victime d'hallucinations, il comprit soudain, tout comme un automobiliste qui passait aussi par là, qu'un glissement de terrain se manifestait devant ses yeux ! Il s'empressa d'avertir la police et les pompiers.

C'est il y a cinquante ans déjà - le 17 juin 1967 - qu'eut lieu un éboulement près de la cimenterie Vigier SA. Ces mouvements de terrain soulevèrent les voies de chemin de fer et la route de plus de six mètres sur une longueur de trois cents mètres. Ils coupèrent les lignes électriques et téléphoniques, et interrompirent le trafic ferroviaire pendant cinq jours. Un service d'autocars dut être mis en place entre Bienne et Reuchenette. D'importants et précautionneux travaux furent entrepris afin de remettre en état les voies de communication sans provoquer de nouveaux éboulements.

Raphaël Becker

 

 

Charles Henry Germiquet, cultivateur à Sorvilier, soldat de Napoléon

Le document du mois - 01 Jui 2017

© Mémoires d'Ici, Fonds Maurice Girod-Germiquet


J'ai trouvé beaucoup de garçons du pays. Il y a Victor Marchand de Court qui se porte bien et qui salue bien leur gens. Et deux de Moutier, trois du Cornet et un de Souboz, un de Tavannes et celui au Cordier de Tramelan, tous dans notre Compagnie


Lorsqu'il arrive à Colmar le 25 mars 1813, Charles Henry Germiquet, de Sorvillier, connaît l'ascension fulgurante de Napoléon au pouvoir, ses conquêtes impériales - et sa retraite effroyable de Russie. Il sait que sur les centaines de milliers d'hommes incorporés dans la Grande Armée en 1812 lors de la campagne de Russie, moins de 30 000 repassèrent le Niémen avec leur commandant Murat.


A Sorvillier, comme dans tous les villages de la région, alors française, le service militaire est obligatoire pour les hommes âgés entre 20 et 25 ans, par tirage au sort. Les noms des conscrits sont soigneusement inscrits sur une liste. Pour la classe de l'année 1812, ils seront 48 du « Canton de Moutier » à être admis au tirage. Charles Henry Germiquet aura le numéro 33.


Le jeune homme a tout juste 21 ans. En quittant son village, il découvre un monde nouveau. Dans l'éloignement, il tient à rassurer sa famille : Chers Père, Mère, Frères et Sœurs ! La présente est pour vous faire connaitre l'état de ma santé, laquelle est fort bonne grâce à Dieu. Mais il reste conscient de son sort possible : Nous sommes bien, nous sommes résolus dans notre malheur.


Désormais à l'étranger, il se rapproche de ceux de son pays et en donne des nouvelles : 

J'ai trouvé beaucoup de garçons du pays. Il y a Victor Marchand de Court qui se porte bien et qui salue bien leur gens. Et deux de Moutier, trois du Cornet et un de Souboz, un de Tavannes et celui au Cordier de Tramelan, tous dans notre Compagnie. Il sait sans doute qu'en nommant ses compagnons, il laisse une trace écrite d'eux et dit aux leurs qu'ils sont encore vivants : La 6ème Compagnie est presque tout de garçons du Haut-Rhin, il y a un Schaffter de la Montagne de Moutier, un Benoit de Romont qui restait à Villeret, Liengme Théodore qui vous fait bien ses compliments et à son frère, et Marchand Adam Louis de Tramelan, et Carnal de Souboz, et Marchand Victor de Court qui a aussi écrit une lettre, et beaucoup d'autres du Val Saint-Imier et du canton de Bienne.


A travers son regard, on entre dans un monde militaire qu'il découvre lui-même : 

Nous serons bien habillés, nous aurons schako, gilet, veste d'ordonnance, deux paires de culotes, une paire de guêtres noire, une paire de souliers, des bottes avec éperons, carabine, sabre, giberne, deux pistolets, capote grise, deux chemises. Tout de neuf et chacun 2 chevaux et un char, mais il n'y a pas encore de chevaux.


De son séjour à Colmar pour son recrutement, puis à Commercy son dépôt, il écrit quatre lettres. Pour une raison qui nous est inconnue, mais que l'on peut imaginer, un de ses contemporains a recopié soigneusement ces messages dans une petit cahier, en indiquant la date de la réception du document et celle à laquelle on lui a donné réponse. Ce document, précieux et émouvant, est conservé depuis peu à Mémoires d'Ici. Nous en donnons ici la retranscription, dont l'orthographe originale a été conservée : 

http://www.m-ici.ch/uploads/transcription_du_manuscrit_de_1813_.pdf

Charles Henry Germiquet reviendra de son engagement. Il sera régent du village, comme son père Jean-Pierre, il mourra veuf en 1869.

Avec les recherches de Jean-Luc Marchand et Bernard Romy.
Mémoires d'Ici, Fonds Maurice Girod-Germiquet

 

 

 

 

 

 

Sonvilier, août 1769

Le document du mois - 21 Mar 2017

NE SACHANT ECRIRE IL FAIT CETTE MARQUE : X




Que s'est-il bien passé un dimanche soir d'août 1769 à Sonvilier ? Le village connaît alors un essor démographique et économique considérable, grâce à l'industrie horlogère nouvellement introduite.
Un mercier-quincailler flamand chargé de sa marchandise entre dans le cabaret de Jean Marchand. Il y boit, beaucoup, et y mange du pain, du rôti et de la saucisse. Après minuit, la situation dégénère : l'alcool pousse à la bravade et aux insultes, le tapage alerte les voisins. Le lendemain matin, l'étranger dépose plainte : il a reçu un coup à la tête avec sang, a été renversé dans la fontaine et sa marchandise a été abîmée. Justice est demandée.

A cette plainte s'ajoutent dès lors les témoignages de la servante de l'auberge, du cabaretier et de son épouse, de la voisine, de ses deux filles et de son fils. Chacun offre sa version des événements. Les mots écrits sur le devant du cahier rassemblant ces textes laissent entendre le verdict de l'affaire : Information touchant un mercier à qui on avoit eparpillé des marchandises devant le cabaret de Jean Marchand hote. NB. Il ne s'est rien trouvé, et la Seigneurie là sortit du pays.


LES VACHES REVENOIENT DU CHANPOYAGE

Mémoires d'Ici a récemment reçu le manuscrit relatant ces événements. Nous vous en présentons ici une reproduction numérique ainsi qu'une retranscription complète. A lire ces lignes, on découvre un pan de la vie de nos villages il y a plus de deux cents ans. Il faut savourer aussi le français du 18e siècle, dont nous avons gardé l'orthographe (mais modernisé en partie la ponctuation). Les chopines ou les carterets que boivent les habitués, le canequin dans lequel le Flamand a rangé ses affaires, le poile où se tiennent les gens, le chanpoyage dont reviennent les vaches, sont autant de mots revivant par le texte.

 

Transcription: 

http://www.m-ici.ch/uploads/transcription_-_pierre_et_mary_louise_flotron_v2017-104.pdf

Reproduction numérique: 

http://www.m-ici.ch/uploads/manuscrit_-_pierre_et_mary_louise_flotron_v2017-104.pdf

© Mémoires d'Ici, Fonds Pierre et Mary Louise Flotron

 

 

 



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Livre de raison - Quand humer la fumée du tabac délivre les nez !

Le document du mois - 09 Mar 2017

Livre de raison de A.-B. Grojean de Péry, (1708-1754)

Mémoires d'Ici conserve dans ses fonds un livre de raison tenu par A.-B. Grojean, meunier et justicier originaire de Péry. Dans les 389 pages de ce registre à la couverture en cuir (16 x 20 cm), le rédacteur consigne ses comptes, des informations relatives à sa fonction de justicier (journées de travail, plaidoiries), ainsi que des affaires avec des particuliers concernant des prêts et des remboursements, pour la période entre 1708 et 1754. 
La comptabilité à usage domestique conserve une trace écrite des transactions effectuées - et nous permet de relever la complexité du système monétaire qui était alors en vigueur ! Ainsi, la monnaie officielle de l'Évêché de Bâle était la livre qui valait vingt sous ou douze batz, et il fallait trois livres pour obtenir un écu : 

Le 10 juin 1718, nous avons veandu douse mesure de bled a Jean Pierre Bessire de Pery vieux, pour 7 batz la mesure payant conten, et ne payant pas conten 7 batz et demy. Delivré une mesure de bled. Delivré une mesure de monture pour 5 batz. Recu 4 ecus le 12 juin 1719 (10.06.1718). 

Les paragraphes mentionnant une dette étaient ensuite biffés lorsque le débiteur s'en était acquitté.

L'auteur garde aussi la trace des travaux effectués pour lui par d'autres personnes :

Jean Henry, fils du susdi Jean Pierre [Bessire] nous a aidé 6 jours pendeant les semailles des bled et un jour au bois (10.06.1718).

Il ajoute à la fin du registre quelques recettes de remèdes. On y trouve, entre autres, un mélange visant à déboucher le nez: Le nez estant fermé par humeur empechant la respiration s'ouvrira par les sucs de bete et de marjolaine ; incorporez en huile d'amendes amers, mellez ensemble, et tirez par le nez ; aussi par la seule fumée de l'herbe de Betume masle ditte nicortane et tabac par les Espagnols prise par le nez.


NB : Le dictionnaire d'Antoine Furetière (éd. 1728) précise au sujet des bettes (poirées) : « Le suc de leurs feuilles, & sur tout celui de leurs racines attiré dans le nez, fait éternuer & décharge le cerveau ».


© Mémoires d'Ici, Fonds Familles, Rosa Steiner

Raphaël Becker

Femmes au sommet

Le document du mois - 21 Jan 2017

Photographie : Course au Schilthorn, taille : 7 x 11 cm, date : 23 et 24.08.1930, Fonds CSFA, Saint-Imier


Une femme est incapable de résister à la rudesse de la montagne... C'est du moins ce que semblaient penser les montagnards du Club alpin suisse (CAS), dont les femmes furent exclues jusqu'en 1980.

Ce préjugé est démenti dès 1918, à la fondation du Club suisse des femmes alpinistes (CSFA). Son but est de donner la possibilité aux femmes de pratiquer ensemble la randonnée, l'alpinisme et le ski, ainsi que de développer leur intérêt pour les Alpes suisses et la nature. Les Jurassiennes ne sauraient rester à l'écart de l'élan qui s'empare des Suissesses : une section imérienne voit le jour en 1926, la vingt-et-unième. En 1933, les 75 ambitieuses clubistes font construire leur chalet à Mont-Soleil, « La Jonquille ».

Sur cette photographie de 1930 d'une course au Schilthorn, sommet des Alpes bernoises culminant à 2970 m, les alpinistes jurassiennes s'autorisent une halte à un endroit où la vue sur les montagnes environnantes est remarquable. Les sacs à dos reposant sur le sol nous donnent une idée de l'effort nécessaire à l'ascension d'un sommet alpin.

En 1980, CSFA et CAS fusionnent au niveau national. La section féminine imérienne subsiste pourtant sous le nom de CAS Mont-Soleil jusqu'en 2013, date à laquelle elle est intégrée au CAS Chasseral.

Le fonds de la section de Saint-Imier du CSFA est conservé depuis peu à Mémoires d'Ici.


Eloi Marchon et Raphaël Becker

 

Descriptif et inventaire du fonds d'archives