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Document du mois : Les Amis de la Nature dans le Jura bernois

Le document du mois - 14 Aoû 2018
Ne devient pas un Ami de la Nature qui veut dans les années 1940, à Saint-Imier comme partout ailleurs

Née à Vienne en 1895, l'Union touristique des Amis de la Nature souhaitait alors promouvoir des loisirs susceptibles de régénérer le corps et l'esprit des nouveaux travailleurs de l'industrie. Contrairement à d'autres mouvements nés à la même époque et exprimant le vœu d'un retour à un mode de vie naturel, cette société s'adressait, sinon aux ouvriers, du moins aux partisans du socialisme. Le mouvement s'implanta en Suisse dès 1905, une section locale vit le jour à Saint-Imier en 1909.

Pour obtenir sa carte de membre, cet aspirant Ami de la Nature admet s'engager dans une « société culturelle basée sur les principes du socialisme » et qui a pour devoir de « faire ressortir clairement cette tendance chaque fois que l'occasion s'en présente ». Le « bourgeois » en est d'ailleurs explicitement exclu par les statuts de 1938. 

 



Carte de membre d'un Ami de la Nature St-Imier, avec timbres de cotisations 1946 et 1947 en esperanto: « Naturamikoj ».

 

 

Les mêmes statuts nous renseignent sur les buts généraux de la société : inculquer à ses membres « la vraie solidarité, basée sur le sentiment de la communauté socialiste [...], développer le peuple ouvrier physiquement et moralement par des excursions, l'alpinisme et des voyages en vue de l'amener à une conception raisonnable de la vie sociale. » 

La section locale imérienne s'installe d'ailleurs dans la Maison du peuple en 1926, aux côtés de sociétés « sœurs » comme le Cercle ouvrier, le parti socialiste et les fanfares et chorales ouvrières. 

Les « camarades » organisent ensemble la manifestation annuelle du 1er mai, des conférences et projections de film. Ils concoctent surtout les activités de loisirs qui répondent à leurs besoins de délassement et de sociabilité : les « soirées familières » et la piste de jeu de boules de la Maison du peuple ont grande réputation.

 

Le dimanche, les Amis de la Nature de Saint-Imier et leurs familles s'échappent dans leur chalet du « Berg frei », inauguré en 1931 au Mont-Soleil. À l'occasion, ils mettent sur pied des courses plus longues, dans les Alpes, à la campagne ou en ville. Elles leur permettent d'aller à la rencontre d'autres Amis et « camarades » qui ne manqueront pas de les héberger et de leur faire honneur, à grand renfort de discours, cortèges et soirées dansantes. 

Ces virées festives peuvent se muer en « excursions sociales », telle celle qui emmena le 11 septembre 1948 83 membres de la Musique ouvrière et des Amis de la Nature dans les quartiers ouvriers de Mulhouse. 

 

Les archives des Amis de la Nature, du Cercle ouvrier et des Musiques ouvrières ont été partiellement conservées dans les combles de la Maison du peuple jusqu'au moment de sa rénovation en 1989. Elles sont aujourd'hui accessibles à Mémoires d'Ici sous la mention « Cercle ouvrier-Maison du peuple Saint-Imier ».

© Fonds Cercle ouvrier-Maison du peuple, Mémoires d'Ici

 

De la difficulté d'être organiste...

Le document du mois - 13 Jui 2018

Il est parfois difficile d'être reconnu comme musicien au village, même lorsqu'il s'agit d'assurer l'entretien du chant religieux !
En témoigne cette lettre adressée en 1841 au Doyen Morel et à la paroisse de Corgémont et Cortébert. L'organiste J. Villoz se plaint de son salaire de misère, alors qu'il a passé des centaines d'heures à exercer son art et qu'il a acheté lui-même un piano pour se perfectionner. Avec son salaire de 50 francs annuels, il est le moins bien payé de ses collègues - de Péry ou de Saint-Imier, sans parler de ceux de Berne ou de Bienne ! Pour lire la lettre complète : transcription (PDF)

Mémoires d'Ici, Fonds Doyen Morel (Commune de Corgémont)

La Charrière de l'Envers à Cortébert : retard de paiement

Le document du mois - 30 Mai 2018

Dans le récit qu'il nous offre de l'histoire de Cortébert, Frédy Geiser mentionne plusieurs fois les « charrières » du village, ces voies par lesquelles un char ou une charrette doit pouvoir passer. Ces chemins donnent accès aux pâturages des montagnes, où estive le bétail ; ils permettent aussi l'exploitation des forêts. Longtemps aménagés au pic et à la pelle, ils sont l'objet de soins importants et coûteux.

En témoigne cette lettre écrite en 1825 par le maire de Cortébert, D. F. Bourquin, à Charles-Ferdinand Morel : le beau-père du Doyen, Jonas de Gélieu, tarde à payer sa quote-part des réparations apportées à la Charrière de l'Envers, malgré le gain évident qu'en retirent ses fermiers. Face à ce retard de paiement, la Commune ne peut que menacer de recourir à la justice - et demander au Doyen Morel d'intervenir. Retranscription (PDF)

Mémoires d'Ici, Fonds Doyen Morel (Commune de Corgémont)


Cette lettre fait partie des documents qui seront présentés par Mémoires d'Ici à l'occasion du vernissage du livre de Frédy Geiser, Cortébert. Récit, Images, Repères (Intervalles N° 110, printemps 2018). Un diaporama d'images anciennes du village sera également projeté.


Le jeudi 31 mai 2018, 20 heures, à la Salle polyvalente de Cortébert.

Fonds Doyen Morel (Commune de Corgémont) retranscription de lettres de Maubeuge

Le document du mois - 01 Fév 2018

Je vous avais promis de vous donner de mes nouvelles pendant mon voyage


Au printemps de l'année 1790, Charles-Ferdinand Morel se rend à Maubeuge comme ministre de camp du régiment de Reinach. Trois années durant, il accompagnera les soldats jurassiens dans leur vie spirituelle. Dix-neuf lettres écrites à ses parents ont été conservées de cette époque charnière dans la formation du jeune homme. Celui-ci vient de terminer ses études en théologie à Bâle où il a été consacré ; il retournera en Erguël en 1793, chargé des idées de la Révolution française.

Durant ses années françaises, Morel découvre l'effervescence politique et devient même secrétaire du Club des jacobins local. La correspondance qu'il entretient avec sa famille reflète le regard du jeune homme de 18 ans sur son monde en changement. Pour motiver son retour, il écrira : Mais je vois les choses sous des couleurs sinistres. La Révolution n'est que commencée. Elle est bien faite dans les esprits ; mais elle n'est pas mûre en exécution. Elle ne marche pas comme elle devrait. Des partis se forment. Les uns pour la détruire, d'autres pour en modifier les effets, et un autre pour la soutenir. Dans cette fermentation, on ne peut s'attendre qu'à des événements douloureux et, pour les éviter, je crois que s'en éloigner quand on le peut est un parti que dicte la prudence (lettre n° 51, 19 juin 1792). Ou encore, soucieux de ce qui se passe au pays : On dit ici que le prince de Porrentruy fait venir des troupes de l'Allemagne. Un papier disait hier que l'empereur avait demandé aux Bâlois de pouvoir passer sur leur territoire et qu'ils avaient répondu qu'ils en déféraient à la décision des 13 cantons. Cela est-il vrai ? Et pourquoi le prince aurait-il besoin de troupes ? (lettre n° 43, 21 février 1791)

Ses lettres sont aussi intéressantes dans les détails qu'elles recèlent. Il faut lire le récit des voyages de Morel : La voiture que j'eus n'était qu'une mauvaise charrette recouverte, et conduite par une haridelle qui, à tous les défauts qu'elle possédait, réunissait celui d'être aveugle (lettre n° 42, 6 avril 1792). Ou la transmission des missives : Je crois vous avoir déjà écrit que j'oubliais de désigner sur l'adresse les endroits par où elle devait passer pour vous arriver ; et ignorant le pays où était situé Corgémont, on l'aura gardée ou brûlée au bureau (lettre n° 50, le 23 avril 1792). J'ai reçu ma lettre par Bâle cette fois pour qu'elle ne risque pas d'être ouverte à Porrentruy comme on soupçonne que cela arrive quelquefois (lettre n° 46, 9 août 1791). Ses descriptions furtives de Paris, d'Arras, de Lille ou de Strasbourg sont des témoignages captivants.

Il faut saisir aussi l'importance de remarques pour la compréhension du commerce de l'horlogerie : Se promenant un jour pendant l'hiver passé sur la route chaussée de Maubeuge, il fit la rencontre d'un voyageur à cheval qui, l'ayant abordé, s'informa s'il n'était par hasard pas horloger. Apprenant qu'il en avait fait un apprentissage pendant trois ans, il lui propose d'accepter du service dans leur maison, en disant qu'ayant formé le projet d'entreprendre un commerce en horlogerie, il lui faudrait un homme qui le seconde dans cette partie. (lettre n° 50, 23 avril 1792). Morel lui-même mentionne plusieurs fois les montres et les boîtes de mouvements dont les Raiguel le chargent et pour lesquelles il reçoit de l'argent.

Mémoires d'Ici, Fonds Doyen Morel (Commune de Corgémont)

Ces lettres ont été retranscrites par Rosa Steiner, bénévole à Mémoires d'Ici, et ont été relues par Raphaël Becker, stagiaire. Leur contenu est mis en ligne sur notre site à l'occasion de la Journée d'études sur le Fonds Doyen Morel (Commune de Corgémont).
Retranscription des lettres, fichier PDF

A lire en complément : 

M. le pasteur Simon, « Charles-Ferdinand Morel comme aumônier du régiment de Reinach 1790-1792 (d'après sa correspondance) », Actes de la Société jurassienne d'émulation, vo. 44 (1939), p. 65-76 https://www.e-periodica.ch/digbib/view?pid=asj-006:1939:44#96 

 

Fonds Doyen Morel (Commune de Corgémont) retranscription de lettres à ses parents

Le document du mois - 15 Jan 2018

Votre très humble et très obéissant fils Morel

Charles-Ferdinand Morel a 13 ans lorsqu'il quitte Corgémont pour aller étudier la théologie à Bâle, où il sera consacré en 1789. Les lettres qu'il adresse à ses parents de son séjour dans la ville rhénane montrent un jeune adolescent devenir adulte. On le suit pas à pas dans les étapes de sa formation - et dans celle de son émancipation.
Ces lettres contiennent également quantité de détails sur la vie quotidienne. Les conditions de voyage, l'achat des rames de papier, de thé ou de pommade, l'acquisition des livres par encan, la confection des vêtements que l'on porte, la bienséance en société, les bals que l'on découvre et les visites de courtoisie que l'on doit faire... 

Mémoires d'Ici, Fonds Doyen Morel (Commune de Corgémont)


Ces lettres ont été retranscrites par Rosa Steiner, bénévole à Mémoires d'Ici, et ont été relues par Raphaël Becker, stagiaire. Leur contenu est mis en ligne sur notre site à l'occasion de la Journée d'études sur le Fonds Doyen Morel (Commune de Corgémont).

Retranscription des lettres, fichier PDF